Du 27 juin au 31 décembre 2026
Il s’agit de la première exposition d’ampleur consacrée à l’artiste catalan Joan Miró (1893-1983) au musée d’art Hyacinthe Rigaud. L’évènement revêt un caractère particulier puisque ce projet est initié dans le cadre du jumelage des Villes de Perpignan et de Palma de Majorque, conclut en 2024. L’exposition repose donc sur un étroit partenariat avec la Fondation Pilar et Joan Miró de Palma de Majorque, prêteur principal.
A l’instar du parti pris de la Fondation Miró de Palma, un propos introductif présentera l’œuvre de Miró au travers d’une reconstitution de son atelier minorquin sur le thème « Majorque, l’atelier des rêves ». Telle une île intérieure, l’insularité nourrit Miró. Lorsque qu’il s’y installe définitivement en 1956, ce n’est pas un exil, mais un retour vers la lumière, vers le silence, vers une île qui devient à la fois atelier, refuge et berceau de création. Dans l’atelier Sert, construit sur les hauteurs de Palma, et dans la maison de Son Boter, Miró ouvre un espace de liberté totale. Ici, les formes éclatent, les signes flottent, les couleurs respirent. Majorque n’est pas un décor : c’est une respiration, une manière d’être au monde, de peindre autrement.
Cette section explore ce lien intime entre un artiste et son territoire. Tableaux, dessins, carnets, objets, photographies d’atelier… Chaque œuvre témoigne d’un dialogue entre l’homme et l’île, entre la matière et la lumière, entre la solitude et l’élan cosmique qui contribue à la construction d’un alphabet méditerranéen dont Majorque est la page blanche. Nous y aborderons le laboratoire de sa créativité, son rapport à ses origines, mais aussi à l’architecture d’avant-garde en évoquant sa collaboration avec Josep Lluís Sert (1902-1983), l’architecte catalan figure majeure de l’architecture moderniste.
Une seconde partie, sous le titre « de Miró à Miró, une trajectoire de libération formelle » sera consacrée aux différents aspects de la carrière de l’artiste pour mettre en évidence l’évolution fondamentale que lui apporte l’environnement de l’île. L’œuvre de Joan Miró se distingue par une profonde cohérence dans la recherche, malgré une diversité plastique apparente. De ses débuts figuratifs en Catalogne aux grandes toiles gestuelles de la maturité, son parcours dessine un mouvement intérieur : celui d’une tension vers l’essentiel, vers un langage pictural autonome, débarrassé de toute anecdote.
Avant son installation à Majorque, Miró traverse plusieurs cycles d’expérimentation : l’influence fauve et cubiste des années 1910, la période onirique et surréaliste des années 1920-1930, les œuvres « sauvages » et brutales de l’après-guerre. Ces phases successives manifestent autant sa fidélité aux grands bouleversements artistiques du XXe siècle que son refus de l’académisme et du récit linéaire.
Son arrivée à Majorque constitue un point d’inflexion profond. Dans les ateliers conçus selon ses besoins, l’artiste trouve un espace de concentration propice à une simplification extrême de son vocabulaire plastique. Le signe y devient structure, la couleur se fait surface vibrante, la matière s’allège sans jamais se vider de sa densité expressive. « Ce n’est pas une évolution. C’est une libération. », dit-il (Miró, entretien avec Georges Raillard). Ainsi, le choix de l’isolement insulaire, loin des centres artistiques traditionnels, lui permet d’approfondir une démarche déjà amorcée : celle d’un art instinctif, physique, cosmique, où la peinture n’est plus représentation, mais action. Un processus qui le conduit à l’emblématique triptyque Bleu I, II, II (Paris, Centre Pompidou). Cette section met en regard les œuvres d’avant et d’après Majorque pour mieux comprendre cette mutation intérieure : de la tension à l’ascèse, de l’accumulation à l’épure, de Miró à Miró — d’un artiste en devenir à un peintre pleinement maître de son langage.
L’épilogue abordera le thème « Miró sans frontière : l’artiste européen, entre surréalisme, poésie et héritage pictural ». Bien qu’enraciné, en Catalogne, puis à Majorque, Miró reste profondément tourné vers l’ailleurs. Son œuvre, souvent associée à la singularité méditerranéenne, n’en est pas moins le fruit d’un dialogue constant avec les mouvements artistiques et littéraires européens du XXe siècle, et avec les traditions picturales les plus anciennes. Son regard se porte vers les primitifs flamands, la densité symbolique des gravures du Nord, les textures profondes des maîtres espagnols comme Zurbarán ou Velázquez. Cette culture visuelle transfrontalière, attentive aux traditions comme aux ruptures, le conduit à un espace sans limites, où le signe devient langage universel.